Communiqué de presse
Janvier 2026
HUMANITAIRE
Aide internationale : le grand désengagement des bailleurs institutionnels
Lyon, le 7 janvier 2026. Depuis quelques années, le secteur humanitaire subit des chutes de financements drastiques, bouleversant de façon inédite l’équilibre et le fonctionnement de nombreuses ONG. En quelques mois, l’administration américaine a supprimé 80 % de l’aide internationale, alors que les Etats-Unis finançaient près de 40 % de l’aide humanitaire mondiale. Ces décisions s’inscrivent dans un contexte global, marqué par le désengagement de nombreux bailleurs historiques qui, tour à tour, procèdent à des coupes. A l’échelle mondiale, l’APD aurait baissé de 15 % d’après une estimation d’octobre 2025[1]. Le tout, alors que les crises humanitaires et les conflits armés se multiplient et à s’intensifient. En outre, Handicap International rappelle que les réductions massives de l’APD touchent de manière disproportionnée les personnes handicapées, qui risquent d'être encore plus exclues des systèmes d'aide.
Notes aux rédactions :
. Manuel Patrouillard, directeur général de Handicap International peut se rendre disponible pour des interviews.
. Des focus sur les pays d’interventions de HI les plus touchés par les coupes sont également possibles (Ouganda, Jordanie, Népal...).
La volte-face de l’administration américaine
Depuis quelques années déjà, le système humanitaire mondial subit de grands bouleversements marqués par une baisse globale des financements. En quelques mois, l’administration américaine a décidé de supprimer plus de 80 % de l’aide internationale. Il s’agit d’une coupe d’une violence inouïe, inédite dans le monde de l’humanitaire du fait de son ampleur et sa rapidité d’exécution :
- Le 20 janvier 2025, la signature d’un décret a entrainé un gel pendant quatre-vingt-dix jours de l’ensemble des programmes de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) et du Département d’Etat américain.
- Le 10 mars, 83 % des programmes de l’USAID ont été supprimés. Les 17 % restants ont été transférés sous la tutelle du Département d’État.[2]
Les Etats-Unis étaient le plus grand bailleur de fonds humanitaires au monde, en représentant plus de 40 % de l'aide mondiale en 2024.
À la suite de l’arrêt des financements américains, qui représentaient environ 20 % du volume global des opérations de Handicap International, l’ONG a été contrainte d’arrêter environ 25 projets.
Un bouleversement systémique
Ces décisions s’inscrivent dans un contexte global, marqué par le recul considérable de nombreux gouvernements et bailleurs de fond institutionnels. Selon une estimation du mois d’octobre 2025, l’ensemble de la baisse de l’APD à l’échelle mondiale s’élèverait en 2025 à 31,1 milliards de dollars, soit 15 % de l’APD mondiale totale.[3]
D’après une étude de Coordination Sud, en France, ces coupes ont dépassé les 2 milliards d’euros sur la seule année 2025. Pourtant, la France avait déjà réduit de près de 800 millions d'euros son APD en 2024. Le projet de loi de finances pour 2026 annonce une nouvelle coupe potentielle de 700 millions d’euros.
L’Allemagne - pays européen qui accorde le plus d'aide à l'étranger avec 36,7 milliards de dollars en 2023 - a procédé à des coupes en 2023 et a annoncé son intention de réduire le budget du ministère du développement de 11,22 milliards d'euros en 2024 à 10,28 milliards d'euros en 2025. Sur l’ensemble de ce budget, la partie allouée à l’aide humanitaire est passée de 2,23 milliards d'euros en 2024 à 1,04 milliard d'euros cette année, soit une réduction de 53 %.
Concernant l’Union Européenne, 2 milliards d'euros auraient été amputés du budget de l'aide au développement en 2024. De 2025 à 2027, la Commission pourrait réduire de 35 % les fonds qu'elle accorde aux pays les plus pauvres du monde.[4]
Ces réductions budgétaires s’expliquent notamment par un contexte post-pandémie, de conflit aux portes de l’Europe qui incite les États à augmenter leurs dépenses dans la défense, ou encore par la menace grandissante des nationalismes prônant le repli sur soi et la priorité aux enjeux nationaux.
Conséquences pour l’inclusion et stratégies d’adaptation de HI
Les baisses généralisées des budgets alloués à l'aide humanitaire et au développement ont des conséquences sévères sur les projets d'inclusion des personnes handicapées, un domaine gravement sous-financé. De fait, les progrès récents en matière d'inclusion sont ralentis voire stoppés, et la marginalisation des personnes handicapées s’intensifie.
Plus largement, plus de 300 000 personnes qui bénéficiaient des actions de HI et une centaine de partenaires locaux sont aujourd’hui directement touchés par les baisses de l’aide. Ces décisions ont également affecté les salariés de HI : plus de 1 000 emplois ont été touchés sur les plus de 5 000 que comptait HI, du fait de l’interruption des activités et la fin des projets, depuis janvier 2025.
Le contexte exceptionnel et hautement incertain de baisse globale des financements pousse l’ONG à surveiller de près sa situation financière : respect strict des mesures d’économies établies, adaptations des plans opérationnels, ou encore renforcement du suivi budgétaire au cours de l’année.
Des stratégies d’adaptation, basées sur la diversification des sources de financements (legs, philanthropie, bailleurs institutionnels en provenance de nouveaux pays…) ainsi que sur la relocalisation[5], pour donner aux acteurs locaux le pouvoir de diriger la conception et la mise en œuvre des programmes d’aide devraient s’intensifier dans les années à venir
De l’importance de défendre la solidarité internationale
L’aide internationale est un outil efficace pour les populations en situation de grande pauvreté et en situation de crise. Celle-ci a contribué à de grandes avancées, telles que l’augmentation de l’espérance de vie mondiale, la réduction de la mortalité infantile et maternelle, ou encore la quasi-éradication de la polio.
Investir dans l’aide internationale est stratégique et rentable pour toutes les parties : 1€ dépensé dans la prévention de conflit permet d’en économiser 16 par la suite[6]. Ces investissements préviennent les crises futures et favorisent la croissance économique.
En outre, les gouvernements et bailleurs ont pris des engagements à long terme en faveur de l’aide internationale. En plus d’obligations morales, il s’agit parfois d’obligations légales à contribuer au financement de l’aide.
A propos de Handicap International
Handicap International est une association de solidarité internationale indépendante, qui intervient depuis 40 ans dans les situations de pauvreté et d’exclusion, de conflits et de catastrophes. Œuvrant aux côtés des personnes handicapées et vulnérabilisées, elle agit et témoigne pour répondre à leurs besoins essentiels et améliorer leurs conditions de vie. Elle s’engage à promouvoir le respect de leur dignité et de leurs droits fondamentaux. Depuis sa création en 1982, Handicap International a mis en place des programmes de développement dans plus de 60 pays et intervient dans de nombreuses situations d’urgence. Le réseau de 8 associations nationales (Allemagne, Belgique, Canada, États- Unis, France, Luxembourg, Royaume-Uni et Suisse) œuvre de manière constante à la mobilisation des ressources, à la cogestion des projets et au rayonnement des principes et actions de l’organisation. Handicap International est l’une des six associations fondatrices de la Campagne internationale pour interdire les mines (ICBL), co-lauréate du prix Nobel de la paix en 1997 et lauréate du Prix Conrad N. Hilton 2011. Handicap International agit et témoigne partout où « vivre debout » ne va pas de soi.