|
Tribune (50 cosignataires)
Texte de la tribune publiée sur le site du Journal La Croix le lundi 16 février à 09h00
Titre : les lobbys veulent remettre en cause la sortie des plastiques à usage à unique
Un collectif d’associations et de personnalités s’inquiète des attaques contre les mesures de réduction des plastiques à usage unique et appelle les parlementaires à placer la préservation de la santé et de l’environnement au-dessus des intérêts des industriels.
Une offensive assumée contre la réduction des plastiques à usage unique
Tandis que les preuves scientifiques se multiplient sur l’impact du plastique, l’industrie a choisi la confrontation, déployant une communication agressive et un lobbying décomplexé pour freiner toute politique de réduction des plastiques jetables. Pour protéger leur modèle économique, certains acteurs franchissent toutes les lignes rouges, allant jusqu’à diffuser des études biaisées et brandir la menace de recours juridiques[1], au détriment des santés humaine et environnementale.
L’année 2026 s’est ouverte sur un signal inquiétant avec le renoncement du gouvernement à interdire les gobelets jetables contenant du plastique. Dans la foulée, les syndicats professionnels Plastalliance et Polyvia ont lancé une offensive contre l’interdiction des plastiques à usage unique. Les masques tombent. Entre l’agressivité de l’un et le discours faussement modéré de l’autre, les plasturgistes mènent une riposte pour tenter de décrédibiliser les vraies solutions : le réemploi des emballages et le vrac.
Cette offensive dépasse le cadre national. En Europe, le secteur des emballages représente 355 milliards d’euros de chiffre d’affaires, alors même que le continent n’a jamais produit autant de déchets. Sans surprise, les lobbies ont pesé lourdement sur les négociations du règlement emballages (PPWR), allant jusqu’à enfreindre les règles de transparence du Parlement Européen récemment renforcée [2].
La loi AGEC sera-t-elle la prochaine victime des thuriféraires du plastique ?
Il y a six ans, la France adoptait une loi pionnière pour transformer nos modes de production et de consommation. La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC) portait une ambition claire : sortir du tout-jetable, réduire les déchets et lutter contre le gaspillage. Fruit de débats parlementaires approfondis, elle a posé les bases d’un modèle plus circulaire. Aujourd’hui, cette ambition vacille : la loi AGEC pourrait devenir la prochaine victime des lobbies du plastique.
Un projet de loi actuellement en discussion menace d’en saper les fondements. À l’occasion de l’examen au Sénat du texte d’adaptation au droit de l’Union européenne (DDADUE), nous alertons sur des amendements qui, sous couvert d’alignement technique avec les règles européennes, fragiliseraient l’objectif de sortie du plastique à usage unique. Seraient notamment remis en cause : la fin des emballages plastiques jetables d’ici 2040, la réduction de 50 % des bouteilles plastiques d’ici 2030, ainsi que l’interdiction des contenants plastiques dans les cantines scolaires et universitaires, mais aussi dans les services de pédiatrie, d’obstétrique et de maternité.
Alors que les volumes d’emballages plastiques continuent d’augmenter en France[3] et que le réemploi peine à se développer faute de soutien suffisant, nous exprimons notre vive inquiétude face à la possible adoption de ces amendements, qui représenterait un recul majeur au détriment de la santé publique, de l’environnement et de l’intérêt général.
Une offensive des lobbies dangereuse pour la santé et l'environnement
La pollution plastique est l’un des défis majeurs du XXIᵉ siècle. Depuis 1950, près de 9 milliards de tonnes de plastique ont été produites, et l’OCDE prévoit que ce volume pourrait tripler d’ici 2060, accentuant une crise déjà hors de contrôle. Cette surproduction entraîne une accumulation massive et une fragmentation des déchets, qui dégradent durablement les écosystèmes et exposent les populations à des risques sanitaires croissants.
Le plastique ne pollue pas seulement les océans : il s’infiltre dans nos organismes. Microplastiques dans le sang[4], les poumons[5], le placenta[6] : les risques sanitaires sont bien établis. Une étude récente publiée dans la revue scientifique de référence The Lancet[7] estime que les années de vie en bonne santé perdues pourraient plus que doubler d’ici 2040 à cause du plastique. Comme le rappelle l’OPECST[8], cette pollution menace le principe de « One Health », qui relie santé humaine, animale et environnement. Avec plus de 5 000 milliards de particules dans les océans et 10 millions de tonnes déversées en mer chaque année, l’inaction n’est plus possible. Ni le recyclage, ni les avancées technologiques, ne compenseront des volumes en hausse : seule une réduction massive de la production est à la hauteur de la crise.
Aujourd’hui, des lobbies industriels tentent de contourner les règles démocratiquement adoptées. Ne les laissons pas décider, dans l’ombre, du monde que nous laisserons à nos enfants. La protection de la santé et de l’environnement n’est pas une variable d’ajustement : c’est le socle de toute société durable.
Signataires :
Bastien Faure, Directeur de Zero Waste France
Eric Morbo, Directeur de Surfrider Foundation Europe
Véronique Moreira, Présidente de WECF (Women Engage for a Common Future)
Muriel Papin, Déléguée Générale de No Plastic in my Sea
Cosignataires :
Jordan Allouche, Fondateur d'Ecolobby
Coline Balfroid, Réalisatrice
Léo Bargès, Juriste pour Guyane Nature Environnement
Flore Berlingen, Cofondatrice de l'Observatoire du principe pollueur-payeur
Simon Bernard, Président et cofondateur de Plastic Odissey
Elodie Bonnes, Réalisatrice du documentaire Homo Plasticus
Elsa Bortuzzo, Cofondatrice de la Fresque de l’Economie Circulaire
Stéphane Boudy, Président de Protection des Océans
Hugo Cartalas et Luce Gramond, cofondateurs de Greenlobby
Sarah Chouraqui, Directrice générale de Wings of the Ocean
André Cicolella, Président du Réseau Environnement Santé
Laurent Colasse, Responsable de l'association SOS Mal de Seine
Clément Debosque, Cofondateur de Ma Petite Planète
Patrick Deixonne, Fondateur d’Expedition Septième Continent
Ilaria Di Silvestre, Directrice du Plaidoyer, IFAW
Estelle Dubreuil, Coordinatrice Nationale de FAIRe un monde équitable
Jean-Noël Dumont, Président du Groupe d’Action Francophone pour l’environnement - France
Bruno Dumontet, Fondateur d'Expédition MED
Capucine Dupuy, Auteure de "Plastiques, on arrête tout et on réfléchit !"
Gaetan Gabriele, Militant et créateur de contenus
Gilliane Le Gallic, Présidente d'Alofa Tuvalu
Antoine Gatet, Président de France Nature Environnement
Pierre-Ange Giudicelli, Coordinateur de Mare Vivu
Nathalie Gontard, Chercheuse
Alexandre Iaschine, Directeur Général de la Fondation de la Mer
Stéphane Kerckhove, Directeur Général d’Agir pour l’Environnement
Nadine Lauverjat, Déléguée générale de Générations Futures
Prince Maboussou, Fondateur d’Orléans Zéro Plastique
Anne-France Mariacher, Dirigeante d’Unlock Circularity
Philippe Mayol, Directeur Général de la Fondation Terre Solidaire
Charles Merlin, Créateur de Contenu (Vivre Moins Con)
Dorothée Moisan, Journaliste et Auteurs de “Les Plastiqueurs”
Tania Pacheff, Porte-parole Cantine Sans Plastique France
Magali Payen, Fondatrice d’On est prêt
Mathieu Perino, Président de l'association Agirrr
Romain Pilliard, Dirigeant de Use it Again
Gabrielle Piot, Militante et initiatrice d'engagements
Jean-Baptiste Poncelet, Directeur du programme action carbone solidaire à la Fondation Good Planet
Isabelle Poitou, Fondatrice et directrice de l'association MerTerre
Nelly Pons, autrice indépendante
Jérémie Suissa, Délégué Général de Notre Affaire à Tous
Laura Thieblemont, Co-présidente des Amis de la Terre France
Romain Troublé, Directeur Général de la Fondation Tara Océan
Jules Vagner, Fondateur d’Objectif Zéro Plastique
Flavie Vonderscher, Responsable du plaidoyer chez HOP - Halte à l'obsolescence programmée
Marina Yakovlev, Responsable mobilisation chez Planet Earth Now
|