Migrations de la daurade royale en Méditerranée : une étude livre de nouvelles connaissances et questionne sa gestion
Espèce emblématique de la Méditerranée, particulièrement prisée par la pêche artisanale et récréative, la daurade royale (Sparus aurata) occupe une place centrale dans l’équilibre économique de la filière professionnelle méditerranéenne. Une nouvelle étude publiée dans la revue Movement Ecology révèle que cette espèce parcourt des distances bien plus importantes qu’on ne le pensait. Si elles sont fidèles, année après année, à leurs lagunes du golfe du Lion pour s’alimenter, elles migrent toutes à l’automne et se réunissent au large de Marseille pour se reproduire, à l’exception de certaines qui rallient un second site encore inconnu localisé dans les eaux espagnoles. Cette nouvelle compréhension de l’écologie spatiale et de la connectivité de cette espèce exploitée révèle des enjeux cruciaux pour la gestion durable de ses populations.
Au cours de leur cycle de vie, les animaux, qu’ils évoluent en milieu terrestre ou marin, effectuent des déplacements à diverses échelles spatiales, dans des environnements variés et pour des motivations spécifiques. En Méditerranée, la daurade royale (Sparus aurata) migre au gré des saisons notamment pour se reproduire ou se nourrir. Malgré l’importance écologique et économique de cette espèce, ses « migrations de reproduction », une phase clé de son cycle de vie, restaient jusqu’à présent très mal connues.
Menée dans le cadre des projets CONNECT-MED et RESMED, en partenariat avec toutes les aires marines protégées de la zone - notamment le Parc national des Calanques, le Parc marin de la Côte Bleue et le Parc naturel marin du golfe du Lion, cette étude s’appuie sur un dispositif exceptionnel de télémétrie acoustique mis en place : 222 daurades ont été suivies individuellement pendant trois ans (2019–2022) grâce à de petits émetteurs acoustiques, et plus de 180 récepteurs acoustiques sous-marins aussi appelés « stations d’écoute », déployés de l’Espagne aux Calanques de Marseille, des lagunes jusqu’au large. Ce dispositif permet d’enregistrer chaque passage d’un individu marqué à proximité d’un récepteur et de connaître ainsi sa position à une date précise. Au total, plus de 700 000 détections ont permis de retracer les déplacements de ces poissons sur près de 400 kilomètres de côte répartis sur les deux pays.
Des daurades fidèles à leurs lagunes pour s’alimenter
Comme déjà démontré dans une précédente étude menée dans la lagune du Prévost (Hérault), ces nouveaux résultats confirment que la daurade royale adopte un rythme de vie saisonnier bien marqué à l’échelle de toutes les lagunes méditerranéennes. D’avril à septembre, elle reste principalement dans les lagunes et les zones côtières pour s’alimenter. À l’automne, un départ massif et synchronisé est observé : les daurades quittent les lagunes pour rejoindre des zones de reproduction en mer, où elles se rassemblent d’octobre à décembre avant de revenir à leur lagune d’origine. Ce comportement se répète d’une année sur l’autre, signe d’une forte fidélité à leur site d’alimentation et de reproduction.
La zone côtière autour de Marseille : un site de reproduction essentiel pour les populations du Golfe du Lion
Parmi les sites clés identifiés, la zone côtière autour de Marseille, incluant le Parc national des Calanques et le Parc marin de la Côte bleue, apparaît comme une zone de reproduction majeure.
« Nos résultats suggèrent que la très grande majorité des daurades du golfe du Lion se concentre d’octobre à début décembre dans la région de Marseille pour se reproduire. C’est une phase de leur cycle de vie essentielle pour le renouvellement de la population durant laquelle elles sont très vulnérables à la pêche professionnelle et récréative. Il faudrait par conséquent limiter les prélèvements dans cette zone et à cette période par la mise en place d’une gestion réfléchie à partir de ces nouvelles connaissances », souligne Jérôme Bourjea, chercheur en biologie des pêches et de la conservation à l’Ifremer à Sète et responsable du projet Connect-Med.
Une connexion avec l’Espagne révélée pour la première fois
Si le suivi des daurades de la lagune de Salses-Leucate, localisée dans le Parc naturel marin du golfe du Lion qui s’étend jusqu’à la frontière espagnole, a montré que les deux tiers d’entre elles rallient le site de reproduction de Marseille, les scientifiques ont été surpris d’observer qu’un tiers des daurades migre en sens inverse plein sud vers un autre site de reproduction situé dans les eaux espagnoles et qui reste à identifier avec exactitude. Cette espèce étant également prélevée en Espagne, ces résultats soulignent le besoin de coordination entre les deux pays dans les processus de gestion des populations de cette espèce comme c’est le cas généralement pour d’autres populations partagées de grands pélagiques comme le thon rouge ou l’espadon.
En révélant les routes invisibles empruntées par la daurade royale, cette étude démontre aussi le potentiel des réseaux de télémétrie acoustique régionaux pour suivre la connectivité – c’est-à-dire les liens entre les populations d’animaux marins, assurés par leurs déplacements entre différentes zones de l’océan - des espèces côtières d’intérêt comme ici la daurade ou le loup (Dicentrachus labrax), et, demain, pour comprendre l’impact du déploiement des éoliennes offshores sur les communautés de poissons.
« Nos résultats montrent que la gestion de la daurade royale en Méditerranée ne peut pas se limiter à un seul site ou à une seule saison. Il est essentiel de tenir compte de la connectivité des habitats utilisés par les poissons côtiers tout au long de l’année à l’échelle des régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur mais aussi de l’Espagne et, probablement, de l’Italie pour élaborer des stratégies réfléchies de gestion des pêches de ces espèces migratrices côtières », conclut Jérôme Bourjea.
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