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BRUXELLES : LES VICTIMES DE L'EXPLOITATION MINIÈRE APPELLENT L'UE À NE PAS AFFAIBLIR LA PROTECTION DE L'EAU LORS D'UNE ACTION PUBLIQUE
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Date : 16/04/2026 10:58
Thème(s) :  Actualités européennes  ;  Développement durable  ;  Ecologie  ;  Environnement  ;  Justice  ; 
 
 
Résumé :  Ce jeudi 16 avril 2026, les ONG de la coalition Living Rivers Europe se sont rassemblées pour demander à la Commission européenne de ne pas réouvrir la DC.
 
Société communicante :
Surfrider Foundation Europe

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Lionel  Cheylus
Responsable Relations Médias
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Communiqué :

Living Rivers Europe � European Rivers Network

 

Témoignages de terrain : les catastrophes minières en Europe

Dossier de Presse (Avril 2026)

 

Contexte

 

Dans un revirement de situation choquant, la Commission européenne a annoncé en décembre dernier son intention de réexaminer et de réviser la directive-cadre sur l'eau (DCE), la principale législation de l'UE en matière d'eau, d'ici mi-2026, afin de promouvoir « l'accès aux matières premières critiques dans l'UE ». Il s'agit d'une initiative extrêmement inquiétante, car une telle révision menace les eaux européennes et la santé des citoyens.

 

Cette annonce soudaine est intervenue après des mois de lobbying intense de la part de l'industrie minière à Bruxelles, qui n’a cessé d’appelé la Commission européenne à élargir le recours aux dérogations prévues par la DCE afin d’obtenir l’autorisation de polluer l'eau. La DCE n'empêche pas l'exploitation minière, mais elle établit des garde-fous essentiels pour protéger l'eau, en veillant à ce qu'elle reste sûre et propre pendant les activités minières.

 

Les activités minières peuvent entraîner des conséquences désastreuses sur les communautés locales et la nature. Au-delà de leurs impacts sociaux et économiques, les opérations minières entraînent souvent une grave pollution des eaux par le rejet d'effluents miniers contenant des produits chimiques ou des métaux lourds, ce qui pose de sérieux risques pour la faune et la qualité de l'eau.

En effet, de nombreux cas en Europe — de l’Espagne à la Suède, en passant par la Roumanie — ont montré les conséquences dévastatrices du manque de législation ou de la mise en œuvre insuffisante de la DCE.

 

Ce dossier met en lumière des cas emblématiques accompagnés de témoignages exclusifs de personnes directement concernées, dont certaines se sont rendus à Bruxelles pour demander personnellement à la Commission européenne de s'abstenir de réviser la DCE et de répéter les mêmes erreurs qui ont conduit à de terribles catastrophes socioculturelles, économiques et environnementales.

 

Cas observés à travers l'Europe

 

Baia Mare, Roumanie – Un deuxième Tchernobyl

 

Le 30 janvier 2000, un barrage retenant les résidus d'une mine d'or près de Baia Mare, dans le nord-ouest de la Roumanie, a cédé, libérant 100 000 m³ d'eaux usées fortement contaminées par des cyanures et des métaux lourds dans la rivière Szamos (Somesul). Selon les sources officielles roumaines, le déversement du cyanure a provoqué des interruptions de l'approvisionnement en eau dans 24 localités et entraîné des coûts supplémentaires pour la santé publique, ainsi que des pertes économiques pour l'industrie locale.

 

En conséquence, la Roumanie a subi des dégâts d'environ 100 à 110 millions de dollars américains en 2000, entrainant des répercussions sévères sur les économies locales. La coentreprise australo-roumaine responsable du déversement n'a pas eu à payer de compensation.

 

 

 

Traces du déversement toxique à Baia Mare, Județ de Maramureș, Roumanie

©Dr. Peter Lengyel

 

« La marée de cyanure survenue à Baia Mare en janvier 2000 a été qualifiée de « deuxième Tchernobyl » en raison de son ampleur et des dommages transfrontaliers qu'elle a causés. Si l'UE affaiblit la réglementation environnementale - notamment les normes de protection de l'eau, la participation du public et l'accès à l'information et à la justice - des catastrophes similaires pourraient se reproduire en Roumanie ou ailleurs dans la région. »

Hans Hedrich, militant pour l’environnement et les droits civiques, Roumanie.

 

Aznalcóllar, Espagne – Une catastrophe après l’autre

 

Tout a commencé il y a près de 28 ans, près d'Aznalcóllar en Andalousie, en Espagne, et ses conséquences se font toujours ressentir aujourd'hui. Le 25 avril 1998, un mur retenant les déchets miniers de la mine de zinc « Los Frailes » s’est rompu, déversant deux millions de litres d'eau contaminée par des métaux lourds dans et autour des rivières Agrio et Guadiamar. Environ 3 000 hectares de terres agricoles ont été touchés, et toute activité de pêche, de chasse et de pâturage a été interdite dans la zone sinistrée pendant plus de cinq ans après la catastrophe.

 

Les exploitants de Cobre las Cruces, une mine voisine, ont été déclarés coupables pénalement en 2016 pour avoir contaminé une nappe phréatique avec de l'arsenic et avoir enfreint la réglementation sur l'eau.

En 2026, Cobre las Cruces a également été signalé pour une pollution aux métaux lourds dans la rivière Guadalquivir, de laquelle dépendent des centaines de pêcheurs et d'agriculteurs pour leurs subsistance.

 

 

 

 

 

Poissons morts dans la rivière Guardiamar à la suite du déversement

toxique de Doñana © WWF-Espagne / J.C. del Olmo

 

 

« En Andalousie, nous sommes bien conscients des dégâts que l'exploitation minière moderne peut infliger à nos ressources naturelles. Les mines voisines d'Aznalcóllar et de Cobre las Cruces, situées à Gerena, illustrent clairement comment de telles activités peuvent polluer les eaux de surface, les zones humides protégées par la législation environnementale européenne, et même les aquifères stratégiques destinés à la consommation humaine. La catastrophe d'Aznalcóllar a entraîné le déversement de boues toxiques et d'eaux usées qui ont failli détruire les zones humides les plus importantes du sud-ouest de l'Europe : Doñana. Elle a également causé une grave contamination dans le bassin inférieur de la rivière Guadiamar, principale artère écologique du parc national. L'Andalousie a un besoin urgent d’une réglementation forte pour protéger ses ressources naturelles contre des catastrophes comme celle-ci. »

Juan Jose Carmona, témoin de la catastrophe et expert juridique, Espagne

 

* Dans une Communication publiée après les accidents d'Aznalcóllar et de Baia Mare, la Commission européenne a écrit que « les récents accidents miniers ont illustré la nécessité de réviser la politique environnementale communautaire » et a réaffirmé la pertinence de la DCE, adoptée peu après, dans ce contexte. Cette Communication soulignait que la DCE « appelle à des mesures à l'échelle du bassin versant, y compris les mesures nécessaires pour empêcher des fuites importantes de polluants provenant d'installations techniques, réduire l'impact des incidents de pollution accidentelle, et mettre en place des systèmes pour détecter ou donner l'alerte de tels événements ».

 

Ajka, Hongrie – Des villages détruits, des affluents du Danube empoisonnés par des boues rouges toxiques

 

Le 4 octobre 2010, un barrage de résidus miniers d'une usine d'alumine a cédé à Ajka, en Hongrie, libérant plus d'un million de mètres cubes de boues rouges toxiques. Ces boues contaminées ont inondé les villes de Kolontár, Devecser et Somlóvásárhely, causant la mort de dix personnes, en blessant plus d'une centaine et rendant 120 bâtiments inhabitable.

Pendant des mois, les villes en aval du barrage de résidus d'alumine effondré près d'Ajka sont restées ruinées et en grande parties désertes.

 

Les habitants et anciens résidents espèrent que de telles catastrophes ne se reproduiront plus jamais dans la région.

 

 

 

Des rues inondées par des boues rouges toxiques à Kolontár, Hongrie

 

Oder, Pologne – Une rivière perdue

 

En juillet et août 2022, les rejets d'eaux salines provenant des mines de charbon et de cuivre, combinés à des conditions de chaleur et de sécheresse, ont entraîné une prolifération d'algues dans la rivière Oder en Pologne, entrainant la mort de près de 90 % des poissons et des mollusques dans la partie la plus en aval de la rivière.

 

Pendant plusieurs semaines, l'accès à la rivière a été officiellement interdit, causant d'importants dommages économiques au secteur du tourisme. La mauvaise mise en œuvre de la DCE (y compris des seuils de salinité inappropriés pour assurer un bon état écologique) figurait parmi les facteurs ayant conduit à cette catastrophe.

Poisson mort dans la rivière Oder, Pologne

© Ewa Drewniak

 

Projets à venir dans le domaine des « matières premières stratégiques »

 

Si la DCE est affaiblie pour faciliter l'extraction de matières premières critiques, de nouveaux projets miniers risquent de causer une pollution accrue et d’avoir des conséquences mortelles pour les communautés locales et la nature.

 

Mine de Per Geijer & mine de graphite de Nunasvaara, Suède – Perturbation de la culture et de la vie des communautés locales et autochtones

 

Deux mines dans la municipalité de Kiruna ont été désignées comme « projets stratégiques » en vertu de la loi sur les matières premières critiques : la mine de Per Geijer (près de la ville de Kiruna) et la mine de graphite de Nunasvaara (près du village de Vittangi). Per Geijer est développé par LKAB (entreprise minière publique) et Nunasvaara par Talga. Ces deux entreprises sont membres de Euromines.

 

Ces projets présentent un risque pour la rivière Torne, l'une des dernières rivières du nord de la Suède qui n'a pas encore été exploitée pour l'hydroélectricité. Le Torneälven est également une zone Natura 2000, protégée en vertu de la directive Habitats depuis 2000.

 

Le projet Per Geijer est situé sur les terres du sameby de Gabna, une communauté sami d’éleveurs de rennes. Le projet Nunasvaara/Njunisvárri devrait avoir un impact sur les sameby de Gabna, Saarivuoma et Talma (entités juridiques chargées de l'élevage des rennes).

 

« Lorsque l'industrie ravage la terre, elle divise nos troupeaux de rennes, sape notre culture et réduit notre langue au silence. La terre, ses eaux et les rennes portent notre histoire, notre joik et qui nous sommes aujourd'hui. Si l'on nous prend d’avantage, le fondement de la seule population autochtone d'Europe sera perdu. »

Simon Isak Marainen, membre de la sameby de Gabna, Suède

 

Contact :

Alejandra Morales, Responsable des communications, Bureau de politique européenne du WWF [email protected]

 

Note de l’éditeur:

Conformément à l'article 11, paragraphe 3, point l), de la DCE, chaque État membre de l'UE doit élaborer un programme de mesures pour chaque bassin hydrographique. Cela comprend « toutes les mesures nécessaires pour prévenir les rejets importants de polluants provenant d'installations techniques, ainsi que pour prévenir et/ou réduire l'impact des incidents de pollution accidentels, par exemple à la suite d'inondations, notamment par le biais de systèmes de détection ou d'alerte de tels événements, y compris, dans le cas d'accidents qui n'auraient pas pu être raisonnablement prévus, toutes les mesures appropriées pour réduire le risque pour les écosystèmes aquatiques. »

 

Une image contenant drapeau, symbole, Police, Bleu électrique

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