L'Assemblée nationale s'oppose à la relance des hydrocarbures en Outre-mer
Paris, le 11 juin 2026 - Les Amis de la Terre France, BLOOM, Greenpeace, Mayotte Nature Environnement, le Réseau Action Climat et 350 saluent le vote des député·es [1] qui ont rejeté la proposition de loi anachronique de relance de l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures dans les territoires d’Outre-mer, lors de la session plénière qui s’est tenue aujourd’hui à l’Assemblée nationale.
Alors que la communauté scientifique alerte sans relâche sur l'impérieuse nécessité de ne pas aller chercher de nouvelles ressources fossiles dans les sols pour préserver l'habitabilité de la planète, le texte de loi porté par le sénateur de Guyane Georges Patient proposait de lever, dans les territoires français d'Outre-mer, les interdictions issues de la loi Hulot du 30 décembre 2017. Ce texte, inscrit par le groupe de la Gauche Démocrate et Républicaine à l'agenda de l'Assemblée nationale cette semaine, avait été adopté au Sénat en janvier 2026.
A l’issue d’un débat houleux où les fake news se sont multipliées, une majorité de parlementaires a finalement défendu le consensus scientifique et répondu aux préoccupations soulevées par plus de 21 000 citoyen·nes [2] en votant contre le texte. A travers leur vote, les député·es ont évité d'ancrer dans le droit français un recul environnemental majeur et de créer une France à deux vitesses, avec des territoires ultra-marins “polluables”, et d’autres en France hexagonale préservés, une situation similaire au scandale du chlordécone dont on sait aujourd’hui qui en paie le prix fort.
L'argument du supposé développement économique avancé par les partisan·es de ce texte n'a pas convaincu les parlementaires. Car l'expérience l'a montré : quand bien même des réserves de pétrole seraient trouvées en Guyane ou à Mayotte, ce qui demeure largement hypothétique, de précédentes campagnes d'exploration de TotalEnergies s'étant déjà révélées vaines, il faudrait au moins attendre une décennie d'exploitation pour en tirer des revenus. Et les principaux bénéficiaires n'en seraient pas les populations locales, mais les actionnaires des multinationales pétrolières. Une telle exploitation ne ferait par ailleurs que contribuer à une explosion du coût de la vie dans des territoires où les inégalités sont déjà profondes.
Alors que la France a présenté sa feuille de route de sortie des énergies fossiles fin avril en Colombie, et que se déroulent en ce moment même des négociations internationales sur le climat à Bonn, ce vote revêt une importance cruciale. Il permet de couper court à des arguments datés qui font reposer notre prospérité sur une exploitation fossile condamnant l'humanité et la biosphère au chaos. Ce vote intervient également en pleine crise énergétique mondiale, qui nous rappelle brutalement l'urgence de mettre fin à notre dépendance collective aux énergies fossiles. Cette dépendance nous enferme dans un cercle vicieux de précarité, à la fois énergétique et économique, et nous condamne à subir des événements climatiques extrêmes toujours plus intenses.
Mayotte et la Guyane sont déjà frappées par des cyclones dévastateurs, comme le cyclone Chido, et par la montée du niveau des mers. Ces territoires ne doivent pas être davantage exposés aux conséquences dramatiques de la combustion du pétrole et du gaz.
Il est désormais urgent que le gouvernement et les parlementaires appuient politiquement et financièrement le développement de filières dans les territoires ultramarins telles que l'agriculture, la sylviculture, la pêche artisanale et les énergies renouvelables, capables de stimuler l'économie locale tout en préservant l'environnement. Ce soutien doit se construire en associant pleinement les populations locales, dans le respect de leurs droits et de leur autodétermination sur les ressources de leurs territoires.
Contacts média :
Amis de la Terre France : Juliette Renaud - 06 37 65 56 40 - [email protected]
BLOOM: Swann Bommier - 06 69 33 49 76 - [email protected]
Réseau Action Climat : Gaïa Febvre - 07 69 08 04 74 - [email protected]
350: Fanny Petitbon - 06 19 12 21 46 - [email protected]
Notes aux rédactions
[1] Analyse du scrutin avec les votes par groupe en séance plénière du 11 juin : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/scrutins/7386
[2] Pétition contre cette proposition de loi https://agir.greenvoice.fr/petitions/abrogation-de-la-loi-hulot-un-retour-en-arriere-lourd-de-consequences-pour-les-outre-mer