COMMUNIQUÉ
Paris, le 17/02/2026
RADARS ET CONTRÔLE DE L’ASSURANCE : « 40 MILLIONS D’AUTOMOBILISTES » SALUE UN OUTIL PERTINENT MAIS DÉNONCE UNE POLITIQUE QUI RESTE FOCALISÉE SUR LA VITESSE.
Ce lundi 16 février, la délégation à la sécurité routière a annoncé la mise en œuvre d’un nouveau dispositif permettant de vérifier les assurances des véhicules flashés en grand excès de vitesse, supérieur à 50 km/h. Concrètement, les données issues des radars automatiques seront désormais croisées avec le Fichier des véhicules assurés afin d’identifier les conducteurs circulant sans couverture.
Pour l’association « 40 millions d’automobilistes », cette évolution technologique va dans le bon sens en ciblant des profils particulièrement dangereux, mais elle illustre aussi, une nouvelle fois, une politique de sécurité routière dont les priorités demeurent contestables.
Un outil technologique utile pour lutter contre un fléau majeur
La conduite sans assurance constitue un enjeu majeur de sécurité routière. Plus de 500 000 conducteurs circuleraient aujourd’hui sans couverture en France, faisant peser sur l’ensemble de la collectivité le coût humain et financier des accidents qu’ils provoquent.
Les chiffres sont sans appel : plusieurs centaines de personnes perdent la vie chaque année dans des accidents impliquant un véhicule non assuré, et le risque d’être responsable d’un accident mortel y est nettement supérieur à la moyenne.
Dans ce contexte, le croisement des données radars avec le fichier des véhicules assurés, lorsqu’il cible les excès de vitesse les plus extrêmes, apparaît comme une mesure de bon sens.
« Lorsqu’un conducteur cumule très grande vitesse et défaut d’assurance, il concentre tous les facteurs de dangerosité. Utiliser les technologies existantes pour détecter ces profils est une décision pragmatique, qui peut commencer à contribuer à écarter de la route les comportements les plus à risque », déclare Philippe Nozière, président de « 40 millions d’automobilistes ».
Un message encore brouillé
Si l’outil est jugé pertinent, l’association regrette toutefois la philosophie qui continue de structurer l’action publique. Dans la présentation du dispositif, la vitesse demeure la porte d’entrée du contrôle, l’assurance n’apparaissant qu’en vérification secondaire. Une approche qui entretient le sentiment d’une surveillance automatisée toujours plus poussée, centrée avant tout sur la verbalisation.
« Le message envoyé aux automobilistes reste profondément ambigu. On leur explique qu’on les flashe pour la vitesse et, accessoirement, qu’on vérifie s’ils sont assurés. On reste dans une logique de contrôle technologique généralisé, alors que les infractions les plus graves nécessitent d’abord une présence humaine sur le terrain », analyse Pierre Chasseray, délégué général de « 40 millions d’automobilistes ».
Remettre le contrôle humain au cœur de la sécurité routière
Pour l’association, la lutte contre la non-assurance, comme contre la conduite sans permis, l’alcool ou les stupéfiants, ne peut reposer principalement sur des dispositifs automatisés. Seule une présence renforcée des forces de l’ordre permet de détecter l’ensemble des comportements dangereux, d’interpeller les contrevenants et de prévenir les récidives.
« Il faut inverser la logique actuelle. Les technologies doivent servir d’appui pour aider les forces de l’ordre à sortir de la route ceux qui n’ont ni permis ni assurance. Aujourd’hui, on consacre des moyens considérables à traquer les petits excès de vitesse, alors que les véritables délinquants routiers passent encore trop souvent entre les mailles du filet », poursuit Pierre Chasseray.
Un signal qui doit ouvrir la voie à un rééquilibrage
Pour « 40 millions d’automobilistes », ce croisement de données doit constituer un point d’appui pour réorienter la stratégie globale. Renforcer les contrôles humains, cibler prioritairement la non-assurance et la conduite sans permis, intensifier les dépistages d’alcool et de stupéfiants : autant de leviers indispensables pour répondre aux véritables causes de l’accidentalité.
À défaut, ce nouveau dispositif, pourtant pertinent dans son principe, risque de n’être perçu que comme une extension supplémentaire d’un système automatisé dont les limites sont aujourd’hui largement démontrées.