Coupes rases en forêt : Canopée publie le premier rapport exhaustif sur leur ampleur en France
Paris, le 25 février 2026. À partir d’une analyse inédite d’images satellitaires, Canopée publie aujourd’hui le premier rapport exhaustif consacré aux coupes rases en forêt en France continentale. Les résultats montrent que, malgré une légère baisse à l’échelle nationale, les coupes rases contribuent fortement à l’affaiblissement du puits de carbone forestier et accentuent la dégradation de certains territoires où elles se concentrent, en particulier dans des zones à forts enjeux écologiques.
La coupe rase est une pratique sylvicole consistant à récolter l’intégralité des arbres d’une parcelle en une seule fois. Ses impacts négatifs sur le stockage de carbone, la biodiversité, les sols forestiers et le cycle de l’eau sont largement documentés dans la littérature scientifique. Elle fait également l’objet d’une contestation sociale croissante.
Afin d’objectiver le débat public, Canopée s'est appuyée sur une méthode de détection des hauteurs de végétation développée par le Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (LSCE) pour produire une estimation des surfaces de coupes rases à partir d'images satellitaires. Cette méthodologie permet de dépasser les seules moyennes nationales issues de l’Inventaire Forestier National et de suivre l’évolution des coupes rases d’une année sur l’autre, à une échelle territoriale fine.
Principaux résultats
Un déstockage de carbone préoccupant
Sur les 6 dernières années, la surface moyenne annuelle de coupes rases s’établit à environ 61 000 hectares. Cela correspond à un déstockage de carbone estimé entre 11 et 16 MtCO₂ par an [1], soit un ordre de grandeur comparable au déficit du puits de carbone forestier projeté par le gouvernement à l’horizon 20301. Les forêts anciennes — qui concentrent les stocks de carbone les plus élevés, notamment dans les sols — ne sont pas épargnées : le taux de coupes rases observé dans ces milieux à forts enjeux est à peine inférieur à la moyenne nationale.
Une baisse apparente depuis 2018, à interpréter avec prudence
Entre mi-2018 et mi-2024, la surface annuelle de coupes rases a diminué de 27 % en France continentale.
Toutefois, cette tendance doit être interprétée avec prudence. L’année 2018 correspond au déclenchement de la crise des scolytes, insectes xylophages responsables de dépérissements massifs dans les peuplements d’épicéas et de sapins. Le niveau initial observé pourrait ainsi correspondre à un pic conjoncturel, rendant délicate toute conclusion définitive quant à une baisse structurelle des coupes rases.
De fortes disparités territoriales
La moyenne nationale masque d’importantes disparités locales. Les coupes rases se concentrent dans certains territoires, générant des effets cumulatifs susceptibles d’affecter durablement la biodiversité, les paysages et le cycle de l’eau.
Le taux observé au sein des parcs naturels régionaux est comparable à la moyenne nationale. Il n’est que marginalement inférieur dans les sites Natura 2000, alors même que ces espaces présentent des enjeux écologiques accrus.
La majorité des coupes rases sont de petite superficie. Néanmoins, leur répétition dans le temps et leur concentration spatiale produisent des effets cumulatifs significatifs à l’échelle des paysages forestiers.
Un encadrement insuffisant et une pression pour augmenter la récolte de bois
Ces résultats mettent en évidence un déficit d’encadrement adapté aux enjeux climatiques et de biodiversité.
L’expertise scientifique collective rendue publique en 2023 [3] à la demande du gouvernement n’a, à ce stade, pas conduit à une évolution substantielle de la politique forestière. Le plan de renouvellement des forêts — dont l’objectif de plantation d’un milliard d’arbres d’ici 2030 a été fixé par le Président de la République — continue de soutenir des opérations incluant des coupes rases qui pourraient, dans certains cas, être évitées au profit de pratiques sylvicoles maintenant un couvert forestier continu.
Par ailleurs, l’objectif gouvernemental d’augmentation de la récolte de bois de +7 Mm³ d’ici 2030 qui résulte du développement de projets industriels accroissant la demande en bois, notamment à des fins énergétiques, pourrait exercer une pression supplémentaire sur les peuplements forestiers et se traduire par une hausse des coupes rases dans les années à venir.
Contact presse :
Sylvain Angerand
07 51 69 78 81
Céline Lesot
06 50 53 01 05
Le rapport complet est à télécharger sur ce lien : https://www.canopee.ong/publications/observatoire-des-coupes-rases/
[1] Soit entre 9,5 et 14,25 MtCO2 correspondant au carbone stocké dans la biomasse aérienne et environ 1,2 MtCO2 liées à la libération de carbone des sols forestiers.
[2] Pour atteindre la neutralité carbone, l’Europe a fixé à chaque État membre des objectifs à atteindre pour leur puits de de carbone en 2030. La France a annoncé un déficit d’environ 15 MtCO2/an par rapport à cet objectif dans la SNBC 3.
[3] Rapport “Coupes Rases et REnouvellement des peuplements Forestiers en contexte de changement climatique”. À télécharger ici : http://www.gip-ecofor.org/wp-content/uploads/2023/10/CRREF_rapport-de-synthese_WEB2.pdf