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Communiqué de presse 10.05.2026
Surfrider réagit à la feuille de route pour l’amélioration de la qualité des eaux littorales, publiée le 7 mai dernier par le gouvernement, qui souligne la volonté de la ministre de poser les piliers d’une réelle protection des eaux françaises et de leurs usagers. L’ONG relève cependant le manque d’intégration de nouvelles mesures complémentaires dans cet état des lieux. Surfrider appelle maintenant à une concrétisation du plan par des actions ambitieuses, portées par le gouvernement et déployées sur le terrain.
Une feuille de route claire pour la protection des eaux littorales françaises
Le 7 mai dernier, la ministre déléguée chargée de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, a publié un plan de protection des eaux littorales, qui pose les tout premiers piliers d’une réelle protection des eaux françaises et de leurs usagers.
Le document s’articule autour de trois axes majeurs : agir rapidement sur les secteurs prioritaires, étendre les bonnes pratiques à l’ensemble des littoraux de métropole et des outre-mer, et améliorer les connaissances. L’ONG se réjouit de la prise en considération des outre-mer, une avancée réelle pour la protection de ces territoires et de leurs populations.
L’association salue tout particulièrement la reconnaissance de la qualité des eaux de baignade comme enjeu clé pour la bonne santé de nos littoraux. De nombreuses actions ont été annoncées par la ministre, notamment l’incitation à mobiliser les « profils de vulnérabilité » (conchylicoles et baignade), en facilitant l’accès sur les sites et en enjoignant les collectivités à actualiser ces profils et à discuter des avancements. L’ensemble de ces mesures devraient permettent une gestion locale plus fine de ces risques, comme le prône Surfrider dans son Manifeste pour les eaux de baignades et récréatives. Toutefois, il est regrettable de voir que le document continue de privilégier les baigneurs au détriment des autres catégories d’usagers nautiques qui sont tout aussi, voire plus souvent, exposés aux mêmes risques tout au long de l’année.
Cette feuille de route marque aussi l’envie du gouvernement d’agir sur les sources des pollutions affectant les eaux littorales. Elle souligne notamment la nécessité de s’attaquer à l’impact des pollutions agricoles ainsi que l’amélioration de la collecte et du traitement de nos eaux usées. Il est très positif de voir la reconnaissance des pollutions liées aux crèmes solaires, comme facteur de dégradation des eaux littorales. Surfrider salue que le fait que le sujet soit pleinement intégré dans cette feuille de route. Il est cependant regrettable de constater que l’ensemble des mesures ciblant l’impact des crèmes solaires font en réalité appel à la responsabilité individuelle au lieu d’appeler à une réelle prise en compte du rôle des industriels pour endiguer cette pollution, comme nous le demandons depuis 2022.
Enfin, l’engagement pris par la ministre de mettre en œuvre la feuille de route sur les déchets plastique en mer dès sa révision est un signal positif pour les écosystèmes marins et la santé des usagers.
Un état des lieux qui n’inclut pas toutes les pollutions.
S’il faut saluer les avancées proposées par cette feuille de route qui pose les piliers d’une réelle protection des eaux françaises et de leurs usagers, il reste important d’en souligner certains angles morts. Bon nombre des actions énumérées sont en réalité des mesures existantes ou déjà prévues par la transposition de nouvelles législations, telles que l’amélioration de la gestion des eaux pluviales (action 2.5) introduite par la récente révision de la Directive relative au traitement des eaux résiduaires urbaines (DERU2, Directive (UE) 2024/3019). A l’inverse, nous regrettons qu’aucune action n’ait été présentée pour soutenir le traitement renforcé des micropolluants et le mécanisme de responsabilité élargie des producteurs (REP) associé, pourtant eux aussi prévus par la DERU2 et pourtant sérieusement menacés.
De plus, ce plan n’intègre pas ou trop peu certaines pollutions affectants pourtant gravement nos littoraux. C’est par exemple le cas des microplastiques, qui représentent pourtant un enjeu critique pour les écosystèmes et la santé des usagers, ou les mégots de cigarettes, l’un des déchets les plus retrouvés lors des collectes sur les plages, alors qu’ils génèrent une pollution chimique et plastique irréversible. De même, si le document décrit très brièvement les impacts de la pollution chimique sur le milieu marin, on ne retrouve quasiment aucune mesures concrètes visant à endiguer cette pollution à la source, au-delà des annonces ciblant les filtres solaires.
Sur le plan sanitaire, la prévention de la pollution dans les eaux de baignade reste trop focalisée sur les paramètres bactériologiques, laissant de côté les blooms algaux et les cyanobactéries, ainsi que les risques liés aux contaminants chimiques émergents, aggravés par le changement climatique, et qui ne bénéficient à ce jour d’aucune surveillance systématique.
Un appel à l’action et à la vigilance
Surfrider Foundation appelle donc le gouvernement et les gestionnaires à concrètement mettre en œuvre des actions ambitieuses. L’ONG demande notamment :
- Une application stricte et rapide des engagements nationaux et européens existants, notamment sur la gestion et le traitement des eaux résiduaires urbaines, ainsi que la révision ambitieuse de la feuille de route sur les déchets plastiques en mer.
- L’intégration des pollutions chimiques ainsi que celles liées aux microplastiques et aux mégots comme priorités de lutte contre la pollution, avec des actions ciblées sur la prévention à la source et la prise en charge des coûts de dépollution par les entreprises responsables.
- Des orientations claires de la part du gouvernement concernant la surveillance de la qualité des eaux de baignade en favorisant notamment :
- L’ajout de paramètres supplémentaires à surveiller et la publication de données harmonisées et accessibles, au-delà des seuls critères bactériologiques, en incluant les pollutions biologiques (prolifération d’algues nuisibles, cyanobactéries) et chimiques (polluants émergents, substances dangereuses...).
- Une prise en compte de l’ensemble des usagers, y compris les pratiquants de sports nautiques, en étendant le contrôle de la qualité de l’eau aux zones spécifiques à ces pratiques, et ce tout au long de l’année.
Lucille Labayle, chargée de plaidoyer européen pour Surfrider, explique ainsi : « Cette feuille de route pose les bases d’une protection des eaux littorales mais elles ne suffiront pas sans une volonté politique forte de transformer ces intentions en actions concrètes et proactives sur le terrain. Surfrider restera vigilant à la mise en œuvre de ce plan et appellera à une mobilisation de tous les acteurs pour garantir des eaux littorales de qualité et préservant la santé de tous les usagers ».
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