Relancer les projets utiles pour
mieux vivre en Auvergne-Rhône-Alpes
Alors que la commande publique décroche brutalement, les entreprises de Travaux Publics alertent sur les conséquences durables de cette crise et appellent à préserver la capacité d’action des territoires
Se déplacer en sécurité, disposer d'une eau de qualité, accéder aux services publics, protéger les habitations face aux inondations, sécuriser une route ou entretenir un pont : les infrastructures sont au cœur de la vie quotidienne. Pourtant, au moment même où les besoins n'ont jamais été aussi importants, la commande publique recule fortement en Auvergne-Rhône-Alpes. Cliquer sur la photo
Ce constat n'est ni un procès fait aux collectivités ni une demande de chantiers destinés à soutenir artificiellement l'activité. Les élus locaux font face à de fortes contraintes financières et à un manque de visibilité. Mais si la situation perdure, elle entraînera des restructurations, des suppressions d'emplois et la perte de compétences indispensables à la réalisation des infrastructures de demain.
La question est simple : comment éviter qu'une crise de court terme ne compromette les réponses à apporter pendant les vingt prochaines années ?
De gauche à droite : Pierre MALOCHET, Secretaire Général FRTP Auvergne-Rhône-Alpes, René COIRO, Président FRTP Auvergne-Rhône-Alpes
Sur les neuf premiers mois de 2026, les appels d'offres reculent de 30 % par rapport à 2025. À la même période en 2014, la baisse était de 17 %.
Pour les entreprises, un appel d'offres qui disparaît se traduit par un plan de charge qui se vide, du matériel immobilisé et des équipes dont l'activité n'est plus assurée. L'activité partielle peut amortir un choc ponctuel, mais elle ne peut remplacer durablement la commande.
La région compte 1 630 entreprises de Travaux Publics et 41 700 emplois non délocalisables. Si le recul se prolonge, certaines entreprises devront réduire leurs capacités alors qu'elles ont consacré du temps et des moyens à recruter, former et fidéliser leurs salariés.
Le danger est de casser aujourd'hui une chaîne de compétences qu'il faudra reconstruire demain, plus lentement et plus cher.
« Notre message n'est pas de défendre des chantiers pour les chantiers. Nous alertons sur un risque plus large et collectif : lorsqu'un territoire reporte durablement ses investissements dans l'eau, les routes ou l'adaptation climatique, ce sont les habitants qui en subissent les conséquences à terme. »
René COIRO
Président de la Fédération régionale des Travaux Publics Auvergne-Rhône-Alpes
Les Travaux Publics ne sont pas une fin en soi. Ils rendent possibles l'accès à l'eau potable, l'assainissement, les mobilités, la desserte des écoles, des entreprises et des établissements de santé, ainsi que la protection contre les risques naturels.
• une route ou un ouvrage d'art pour aller travailler ;
• un réseau d'eau potable et d'assainissement pour boire ou se laver ;
• un aménagement cyclable ou un transport collectif pour se déplacer de façon plus décarbonée ;
• un réseau numérique ou énergétique pour communiquer et se chauffer ;
• des réseaux desservant une école, un établissement de santé ou une zone d'activité.
Ces infrastructures restent souvent invisibles tant qu'elles fonctionnent. Lorsqu'elles se dégradent ou viennent à manquer, les conséquences deviennent immédiatement concrètes pour les habitants.
Le débat n'oppose donc pas l'investissement aux contraintes budgétaires : il porte sur les priorités collectives et sur le coût futur de l'inaction.
Il ne s'agit pas de multiplier les équipements spectaculaires. La priorité est d'entretenir, moderniser et adapter le patrimoine existant.
En Auvergne-Rhône-Alpes :
• 170 253 km d'autoroutes et de voiries départementales, communales et intercommunales ;
• 104 400 km de réseaux d'eau potable ;
• 20 % de l'eau distribuée est perdue dans les réseaux ;
• au rythme actuel, 170 ans seraient nécessaires pour renouveler l'ensemble des canalisations ;
• 63 % des 16 060 ponts étudiés nécessitent un entretien et/ou une réparation.
Ces chiffres décrivent une dette d'entretien et d'adaptation qui devra être traitée au cours des vingt prochaines années, avec un coût croissant si les décisions sont différées.
Canicules, sécheresses, incendies, pluies intenses, inondations et mouvements de terrain touchent désormais tous les départements de la région.
L'adaptation au changement climatique ne se décrète pas : elle se construit, réseau par réseau, ouvrage par ouvrage, territoire par territoire.
Elle exige des réseaux plus performants, une meilleure gestion des eaux pluviales, des ouvrages sécurisés et des infrastructures capables de résister aux aléas futurs. Cela suppose de conserver les entreprises, les équipes et les compétences en mesure de réaliser ces travaux.
Quelques exemples concrets de l'action de Travaux Publics en Auvergne-Rhône-Alpes :
• Îlots de fraîcheur : place Václav Havel à Lyon : création d'une place-jardin de 6000 m², permettant l'infiltration naturelle des eaux, conçue comme un îlot de fraîcheur (Métropole de Lyon / Ville de Lyon / SEM SERL).
• Désimperméabilisation : « Respire à la récré », projet de transformation des cours des écoles, initié par la ville de Clermont-Ferrand.
• Résilience des infrastructures en montagne : Adapter les routes de montagne face à l'évolution des risques. En Isère, après l'éboulement d'un million de m³ ayant coupé la RD 1532 en 2024, le Département a étudié un nouveau tracé afin de s'affranchir des risques résiduels d'éboulement, sur la base d'études géologiques et géotechniques (début des travaux prévu en 2028).
• Protection des villes contre les inondations : réparation des digues de Brives-Charensac et Bas-en-Basset.
Le message adressé aux élus locaux est un message de partenariat. La Profession connaît leurs contraintes et sait que le projet de loi de finances pour 2027 ne leur apporte pas, à ce stade, la visibilité nécessaire.
La Fédération des Travaux Publics appelle l'État, les collectivités et l'ensemble des acteurs concernés à construire rapidement une trajectoire commune autour de trois priorités ;
Programmer les projets, même lorsque leur réalisation ne peut pas être immédiate.
Concentrer les moyens sur l'eau, la sécurité, les mobilités, l'adaptation climatique, l'accès aux services et l'entretien du patrimoine.
Engager les opérations déjà étudiées, autorisées ou programmées.
Il ne s'agit pas de dépenser sans discernement, mais d'éviter que l'absence de décisions à court terme ne produise davantage de coûts, de fragilité et de retards à long terme.
Conclusion
La baisse actuelle de la commande publique peut sembler conjoncturelle. Ses conséquences pourraient, elles, devenir structurelles. Si des équipes sont dispersées, si des compétences quittent le secteur et si des entreprises réduisent leurs capacités, les territoires disposeront demain de moins de moyens pour répondre à des besoins pourtant considérables.
Notre demande est responsable : donner de la visibilité, protéger les compétences et engager les projets essentiels. Préserver aujourd'hui la capacité d'action des Travaux Publics, c'est garantir demain la continuité, la sécurité et l'adaptation de nos territoires.
La FRTP AURA, syndicat professionnel, représente 1 630 entreprises sur les 12 départements, spécialisées dans les travaux routiers, le terrassement, les travaux d’installation de réseaux électriques et de réseaux de canalisations, le génie civil et qui emploient 41 700 salariés.
SAVEREUX RP I Rodolphe SAVEREUX, [email protected], 06 73 99 96 74
FRTP Auvergne-Rhône-Alpes I Cindy BOCHARD, [email protected], 06 45 85 70 56
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